Rechercher
  • Admin

École à la maison, l'école de la vie ?



L'exemple et l'opinion d'une famille sur l'école, sur les 3 différents parcours de scolarisation de leurs enfants, et sur l'école à la maison. Une interview et un débat à lancer.



Le voyage est une excellente école de l'écoute des autres et lors de mon séjour de 18 ans à Tahiti en Polynésie française, j'ai eu l'occasion de côtoyer cette famille de 3 enfants qui ont une véritable réflexion sur l'éducation de leurs enfants.


Même au "paradis" (Tahiti reste le symbole de la vie simple et heureuse) où le cursus scolaire est quasiment identique à celui de la métropole, des parents se posent des questions sur leurs enfants, leur épanouissement et leur avenir.

Il me semblait intéressant de lancer un débat sur ce sujet en les faisant parler de leur expérience. C'est donc sous forme d'une interview des parents que je livre les éléments de ce débat.


En préambule, il peut être utile de clarifier la terminologie entre déscolarisation et école à la maison. Dans le monde de l'enseignement, on parle de déscolarisation pour les (rares) familles qui ont carrément décidé de ne pas faire d'école à leurs enfants du tout, c'est-à-dire même pas de cours à la maison, ni sur internet, ni avec des tuteurs, mais tout simplement laisser les enfants découvrir le monde tout seul et en famille.

L'école à la maison, de son côté, implique que les enfants ne vont plus à l'école mais reçoivent quand même un enseignement, avec des cours dispensés ou encadrés ou orchestrés par les parents, même si ces cours peuvent être en autonomie.


À noter toutefois que tout le monde n’est pas d’accord sur les termes, certains utilisant les deux indifféremment. Dans le cas de cette famille de Tahiti, nous sommes dans le deuxième cas de figure (école à la maison, mais usage des deux termes de manière indissociée).



Bonjour Caroline et William. Vous êtes les parents de 3 enfants qui ont eu des scolarités différentes. Pouvez-vous nous les présenter et nous préciser où ils en sont de leurs études ? Quelles ont été leurs scolarités ? Ont-ils eu le même parcours ?

Notre ainé, Vatea, est maintenant un jeune homme, âgé de 22 ans. Il est né à Tahiti. Il a été scolarisé successivement dans une école privée, un collège puis un lycée. Après la classe de première, il est parti étudier en Chine pendant un an pour l’apprentissage du mandarin, a Wenling. Une association de Tahiti avait lié un partenariat avec un lycée en Chine. Les 5 sélectionnés, dont notre fils, ont intégrés des classes au milieu d’étudiants chinois. C’était l’immersion totale en partageant une chambre en pension complète et des cours intensifs de mandarin sans avoir recours à l’anglais. Le but était de revenir à Tahiti avec un niveau de mandarin certifié, après passade du HSK (équivalent du TOEFL en anglais). Il est revenu avec le niveau 4 (il y a 6 niveaux en tout).


Suite à cette expérience, Vatea a décidé d'aller à Montréal, pour des études d’informatique, après avoir réussi son Bac, bien qu’il se soit éloigné une année du cursus scolaire traditionnel de l’éducation Nationale, et qu’il n’ait pas pratiqué de matières académiques (français, maths, sciences..) pendant une année.



Notre second fils, Temana, est âgé de 15 ans. Il a été scolarisé dans un collège privé jusqu’en classe de 6ème. Il a ensuite fait l’école à la maison avec les cours par correspondance Kerlann pour la classe de cinquième. Pour la classe de quatrième, nous avons décidé de suivre des cours libres et des thèmes choisis par les enfants avec un voyage de 3 semaines en Égypte, et une croisière sur les îles Hawaii.


Nous voulions leur apprendre l’apprentissage par le vécu, un autre apprentissage que celui de l’Education nationale. Des voyages sur un catamaran d’un ami pour vivre des aventures aux Marquises et dans les Tuamotus, se rendant dans des lieux accessibles uniquement par voie maritime et complètement déconnectés du monde (sans connexion internet).

Temana est ensuite parti, en 2017, aux USA. Il a été scolarisé dans un lycée américain en 9th grade, à Foothill High school, en immersion totale. À noter que le lycée américain comprend 4 années. Le 9th grade représente la troisième. Tous les cours sont en anglais. Des amis californiens de la famille l’ont accueilli chez eux.


Dès le premier trimestre, nous avons été agréablement surpris de la rapidité de son adaptation aussi bien sociale que scolaire. Cette première année lui a valu des notes entre A et B, ce qui représente un bon niveau. Cette année, il est scolarisé en 10th grade, équivalent de la seconde en France. L’année prochaine, il envisage de revenir sur Tahiti et espère intégrer la classe de première.


Notre fille, Tina lei, a été déscolarisée au milieu de la CM2, à l’âge de 8 ans. Elle avait déjà 2 ans d’avance et a été détectée EIP (enfant intellectuellement précoce). Elle a été inscrite au CNED pour la classe de sixième mais nous avons décidé de ne plus suivre des cours du CNED pour la classe de cinquième. Nous avions fait le choix d’une autre façon d’apprendre et nous avions trouvé les cours du CNED rébarbatifs. Nous ne voulions plus être “coincés” entre 4 murs alors que nous avions fait le choix de sortir nos enfants de l’école “classique” pour apprendre autrement.


Puis pour la classe de quatrième, Tina lei a fait le choix de travailler les cours qui lui plaisaient. Elle est donc inscrite au CNED uniquement en français et en histoire géo, les matières qu’elle préfère. Elle a eu d’excellents résultats, notes aux contrôles entre 15 et 17 dans ces deux matières.


Elle consacre son temps de libre à sa passion, la chanson, qu’elle perfectionne autant qu’elle veut puisqu’elle ne se sent pas stressée ou trop chargée par des travaux scolaires. Les cours d’anglais se font en ligne avec ABBA English, qu’elle affectionne particulièrement car l’application est très interactive, avec des récompenses et des diplômes après chaque niveau.



Nous n’avons pas trouvé nécessaire de lui apporter des cours de maths, avec des théorèmes ou autres. L’essentiel, pour nous, était qu’elle connaisse les calculs, le sens de la logique, la notion de proportion et de géométrie. Nous n’estimions pas nécessaire d’apprendre des formules mathématiques qui seraient rapidement oubliées (incontournables pour passer un examen mais ce qui n’était pas le cas pour l’enseignement à la maison). Notre principe étant de dire que quand notre enfant sentira qu’il a besoin de cette information et de l’apprendre, quand il aura besoin de passer un examen et qu’il saura qu’il est nécessaire de subir certaines contraintes pour le passer, alors il se donnera les moyens. Bref, il faut qu’il y ait du sens.


D’ailleurs, cette année de troisième, elle a choisi de travailler 3 matières de plus avec le CNED, (maths, SVT, physique-chimie) et l’espagnol avec une application, car elle a décidé de reJoindre les bancs de l’école à la rentrée prochaine.



Quels ont été les éléments qui vous ont fait poser des questions sur la scolarité classique à l'école ?

Essentiellement le rythme scolaire non adapté pour un enfant ou un adolescent. Un réveil trop matinal, ayant pour conséquence des élèves ou des collégiens fatigués et énervés. Egalement le fait que les élèves soient réunis par classe d’âge et non par affinité. Enfin la notion de compétition ce qui implique le stress.


Et puis dans la réalité quotidienne, trop de répétitions et d'apprentissages par coeur avec pour conséquence des leçons juste pour valider un contrôle (deux semaines après, ils ont déjà oubliés ce qu’ils ont appris). On aboutit à l'apprentissage de notions n’ayant pas de sens pour une utilisation dans la vie réelle comme par exemple l’apprentissage de certains théorèmes. Au final, on a l'impression que les élèves sont formatés et non pas éduqués.



Quel(s) événements vous ont fait prendre la décision de "déscolarisation" ?

Ma fille, EIP, se sentait trop différente des autres élèves. Nous avons donc fait un choix de vie et un choix d’une autre forme d’apprentissage basé plus particulièrement sur les matières appréciées par les enfants.


Il nous est apparu nécessaire de privilégier le fait d'avoir plaisir à apprendre et de prendre le temps de comprendre.


Pour cela nous avons orienté notre mode d'éducation sur :

  • Faire des recherches sur des sujets qui intéressent les enfants.

  • Leurs donner l’occasion de suivre leur passion.

  • Surtout apprendre et retenir les choses qui ont du sens.

  • Ne pas être obligé de suivre un programme imposé.

  • Apprendre en suivant le rythme de l’enfant plus ou moins vite selon les matières ou sujets

  • Apprendre en découvrant un pays, une culture.

  • Avec Internet et les nouvelles technologies, nous avons constaté que l'on peut apprendre beaucoup de choses et autrement, en gérant notre temps.


Si votre choix vient du sentiment d'un échec de l'école classique, pouvez-vous indiquer ce qui aurait rendu l'école meilleure, ce qui aurait fait qu'elle serait restée un lieu adapté à vos enfants, les solutions que vous auriez voulu avoir ?


Il faudrait revoir et adapter les rythmes scolaires pour éviter des journées de travail trop surchargées. Par exemple avec un découpage : apprentissage des matières académiques le matin et après midi du sport ou des loisirs créatifs. On devrait donner des cours d’une durée maximum d’une heure afin que les enfants s’impliquent davantage et n’aient pas le temps de s’ennuyer.


Revoir également la pédagogie :

  • Seul l’enseignant a le savoir et il y a trop peu d’échanges entre l'enseignant et les élèves.

  • Trop d’informations à retenir provoquant beaucoup de stress inutile.

  • Ne pas rassembler les enfants dans une classe d’âge ou de niveau pour toute une année scolaire mais plutôt par niveau d’apprentissage en respectant le rythme de chaque enfant. Par exemple, un enfant de 9 ans très bon en maths peut se retrouver avec d’autres de 10 ou 11 ans et ayant le même niveau, et ce même enfant se retrouvera avec d’autres de différents âges mais avec un niveau moyen en français par exemple


Quelles ont été les réactions de vos proches et du corps enseignant ?

Les proches se sont positionnés entre inquiétude et le “pourquoi pas ?”. Le corps enseignant était globalement plutôt sceptique .



Comment vous êtes vous alors organisés ?

Avec mon mari, nous avons eu la chance de pouvoir adapter notre mode de vie en conséquence. J’ai eu l’occasion de travailler à mi temps et ainsi consacrer plus de temps pour aider nos enfants.



Avez-vous eu une aide de la part de l'Education nationale ?

Uniquement pour ma fille et seulement la première année.



Vous êtes-vous basés sur une ou plusieurs méthodes comme l'enseignement à distance ? Pour quelles matières ?

Français, histoire et géo avec le CNED. Libres et selon les préférences de nos enfants pour les autres matières.



Comment se sont passées les contrôles de niveaux par rapport à l'Education nationale et comment faisiez-vous vos propres évaluations ?

Validation par devoirs renvoyés au CNED mais aucun contrôle de L’Education nationale pendant les 3 années de notre fille, Tina lei.


Nos propres validations étaient basées sur des valeurs : que nos enfants aient une bonne estime d’eux, leur faire confiance et avec tout ça, nous sommes persuadés que si un jour, ils font le choix d’un métier, ils se donneront tous les moyens pour y parvenir et auront assez confiance en eux, et seront assez matures pour le faire car ce sera le moment où eux mêmes l’auront décidé.



En dehors des enseignements de lecture, écriture, mathématique, comment avez-vous abordés et traités les enseignements d’autres matières (histoire, géographie, svt, langues vivantes, sports, instruction civique, musique, chant, théâtre, danse, etc...) et sous quelles formes ?

Parfois avec le CNED, parfois avec des supports vidéos ou livres ou cahiers de vacances.

Une année libre sans CNED ou autre support relatif à l’éducation nationale.

En Histoire-géo, SVT, ils regardaient toutes les vidéos de « C’est Pas Sorcier » et les documentaires. Le voyage en Égypte pendant 3 semaines les a passionné. Ils voulaient devenir égyptologues.



Les langues, apprentissage en ligne, cours interactifs sur des applications, en sélectionnant des applications avec certification de niveau. Apprentissage de l’anglais et espagnol sur le terrain aux USA pour Temana. Pour Tina lei, la chanson l’a beaucoup aidée. Avec une très bonne mémoire, elle chantait en espagnol et anglais sans problème d’accent et apprenait par là même les langues.

Sports en extérieur et activités artistiques au conservatoire de Tahiti.



L'éducation ne porte pas que sur l'enseignement de connaissances mais aussi sur la vie sociale. Comment avez-vous compensé l'absence de vie communautaire à l'école ?

Inscription dans une chorale, coeurs de solfège, chants et violon et participation à l’orchestre du conservatoire.

Cours de gym dans un gymnase.

Pratique du chant en karaoké.



Quels bilans tirez-vous de vos 3 expériences dans la scolarité de vos 3 enfants ?

Ils reviennent tous avec beaucoup de maturité. Ils arrivent à prendre des décisions réfléchies.


Temana avec un très bon niveau d’anglais et une richesse culturelle, l’occasion d’avoir vécu autre chose qu’un lycéen ordinaire mais aussi le fait de se débrouiller seul en dehors de sa famille. Ce qui lui a permis d’être responsable plus jeune et plus autonome.

Tina lei ne sera jamais allée au collège, elle a pris elle même la décision de retourner au lycée surtout pour connaître plus d’amis. Elle espère avoir son Bac à 15 ans. Elle est motivée et travaille assidûment ses matières de troisième.


Vatea est bien sûr revenu de son année en Chine avec plus de maturité. Il a appris combien les étudiants chinois travaillaient dur voire stressaient pour être les meilleurs, il a connu leurs conditions de vie, leur culture et le bas niveau de vie.



Quels sont pour vous les points positifs et les points négatifs ?

La liberté d’apprentissage nous semble essentielle : passer plus de temps avec les parents et avec leurs valeurs éducatives est un point extrêmement positif : est-ce qu’on se rend compte qu'un enfant passe en moyenne 6 h de sa journée en dehors de ses parents et qu'il aura passé 14 ans de sa vie en moyenne à partir de l’âge de trois ans dans une institution, entre quatre murs, rien que pour obtenir le Bac ?



Avec l'arrivée des nouvelles technologies et notamment de l'Intelligence artificielle, certains sont persuadés que l'éducation connaîtra aussi une révolution digitale comme tant d'autres secteurs. Compte tenu de votre expérience, avez-vous une vision de ce que pourrait (ou devrait) être l'école de demain ?

L’école de demain devrait être libre, avec des adultes présents qui encadrent les enfants sans leur donner un enseignement mais en étant présents pour les aider à développer leurs centres d’intérêt. Laisser libre cours à l’enfant de façon à ce qu’il découvre son domaine et lui donner les moyens pour les développer. Ce seront des enfants qui se seront spécialisés dans le domaine qu’ils affectionnent. Ce seront de futurs adultes confiants en eux.

Et la confiance en soi est la première condition à toute réussite scolaire ou professionnelle. Comment avoir confiance en soi si, depuis l’enfance, l’école t’a martelé qu’il faut rester dans les rangs, obéir, apprendre des matières par cœur même si tu n’aimes pas, et être « classé », voire être traité de « nul » ?



Pourquoi donner les mêmes enseignements pendant des années et marteler toujours les mêmes programmes dans le but d’un examen proche et tout oublier dès l'examen passé ?

Avec internet et le digital, nous avons accès à une multitude d’informations si facilement. De par notre expérience d’école à la maison, nous nous sommes rendu compte que nos enfants ont appris tant de choses sans le programme classique. L’apprentissage était instantané et quand ils avaient besoin d’une information, et qu’on ne connaissait pas trop la réponse, on allait sur Google et on en discutait voire débattait. Ces informations leur étaient plus profitables et mieux comprises ou intégrées car il y avait un sens. C’était le moment. Ils étaient curieux de savoir à ce moment là.


Avec l’école, les enfants sont réunis en classe d’âge, tous les élèves apprennent la même chose et forcément pas par envie et par curiosité. Où met on la créativité et l’envie ?

Il faudrait plutôt une école interactive, où les enfants échangent et développent des idées et des sujets entre eux et avec les adultes. L’un peut apporter autant à l’autre, l’adulte par l’expérience et la sagesse, l’enfant par son innocence et sa soif de découverte et un esprit non “formaté”.


Et vous lecteurs, que pensez-vous des parcours de scolarisation de ces trois enfants ? Pensez-vous qu'il y a des enseignements à tirer de ces expériences ?


Le débat est ouvert !


Un article de Jean-Jacques Edeline

59 vues
  • Youtube
  • Facebook Social Icône

Contactez-nous

Siège

Foix, France