Enseigner par projet : un mode d'emploi
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Enseigner par projet : un mode d'emploi





Voici pourquoi et comment j’utilise les projets pour enseigner.


C’est lors de mes études en pédagogie aux Etats-Unis que j’ai été le plus exposé à la pédagogie de projets, appelée PBL (Project-Based Learning) dans ce pays. Plus j’en apprenais et plus je la mettais en pratique, plus je me demandais pourquoi je n’avais pas toujours fait comme ça !


Dans cet article, je définis un projet comme une mission, un ensemble de tâches, assignées aux élèves, dans un but académique. Il s’agit d’un projet de longue durée, étalé sur plusieurs cours, et souvent sur plusieurs semaines, voire mois. Un projet répond à une problématique et à un but pédagogique lié au programme du cours. Ainsi, si j’enseigne un cours de géographie, avec une unité sur l’urbanisme, le projet a pour but d’enseigner les concepts et connaissances liées à l’urbanisme et de faire réfléchir les élèves sur ceux-ci. Le projet peut alors être de créer le modèle d’un ville. Si j’enseigne le calcul des aires, des superficies, en maths, le projet pourra être de faire les plans d’un nouveau bâtiment pour notre école, ou de trouver comment optimiser l’usage de notre salle de classe. Si j’enseigne une unité en cours d'anglais sur le vocabulaire de la ville, le projet peut être de créer un guide touristique sur notre ville.


Il y a de nombreux avantages à une pédagogie de projets, dont :

  • Ça motive les élèvesTout le monde a un rôle à jouer, et cela implique donc tout le monde, même les élèves d’ordinaire moins travailleurs ou plus réservés

  • Cela permet une exploration plus profonde et plus diversifiée du ou des sujet(s) abordé(s)

  • Ça rend les élèves autonomes dans leur travail

  • Ça contribue au développement de la créativité chez les élèves

  • Ça enseigne aux élèves à travailler en groupe

  • C’est une excellente opportunité de différenciationIl y a de multiples opportunités de transdisciplinarité, de collaboration avec d’autres matières


Les projets peuvent parfois se faire en classe entière, mais je trouve bien plus efficace de constituer des groupes. Je laisse toujours aux élèves l’opportunité de former leurs propres groupes, car ils sont ainsi plus enthousiastes dans leur projet, mais reste à chacun de choisir en fonction de sa philosophie et des élèves de sa classe.



Voici comment je mets en place un projet :


1) La première étape est indéniablement de bien poser les bases du projet. Quel est le sujet, quels sont les buts de notre travail et quels sont les objectifs à atteindre ? Ici, je parle de buts pour me référer aux fins plus globales du projet : par exemple, si j’enseigne une unité sur la densité de population, mon but sera que les élèves comprennent le concept de densité. J’aurai sûrement aussi d’autres buts : qu’ils sachent que les villes sont plus denses que les campagnes, qu’ils comprennent les problèmes liés à une densité trop élevée et à une densité trop faible, etc. Quant aux objectifs du projets lui-même, ils se réfèrent spécifiquement à ce qui est attendu à la fin du projet. Est-ce que ce sera d’avoir créé le modèle d’une ville avec une densité de 1000 habitants par km2 ? Ou est-ce que ce sera de présenter de nouvelles solutions au problème d’une densité trop élevée/faible ?


En ce qui concerne les buts liés aux connaissances, je veille bien, avant de commencer le projet, à ce qu’ils soient bien clairs dans ma tête. Je vérifie aussi qu’ils couvrent bien les buts de mon unité, car le projet aura la place la plus importante (surtout en terme de temps). Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave, mais il faut que je le garde en tête pour l’intégrer dans une autre partie de l’unité, peut-être simplement une partie plus théorique qui aura lieu avant ou après le projet. Une fois que tout est clair pour moi, j’annonce ces buts aux élèves au début du projet, pour qu’ils voient où on va et pourquoi nous faisons ce projet.


Quant aux objectifs directs du projet lui-même, je les mets toujours par écrit dans un document que je donne aux élèves au début du projet et auquel les élèves pourront se référer. Si le travail est évalué, je mets sur le même document une grille d’évaluation qui explique les critères.



Laissez faire, vous serez impressionné(e). Ces deux élèves sont en train de designer et construire une mini-serre avec système de ventilation et d'arrosage solaire !

2) La deuxième étape : LAISSEZ FAIRE !

Ça y est, vous avez réussi à motiver les élèves, vous leur avez bien expliqué les attentes, maintenant laissez les agir. Ils prendront très bien les choses en main, et lorsqu’ils buttent, ils trouveront des solutions. C’est ça aussi la beauté des projets.



3) Quand vous sentez que vous avez laissé faire pendant suffisamment de temps, guidez. Votre rôle est alors d’aller voir les groupes individuellement et de voir où ils en sont, en les conseillant sur d’autres pistes auxquelles ils n’ont peut-être pas pensé, et en les remettant sur la bonne piste s’ils semblent hors sujet. C’est là que vous pouvez différencier le plus pour challenger les élèves à leur niveau. Poussez les élèves les plus forts à aller encore plus loin, et soutenez ceux qui ont besoin des bases. Guider, ça veut aussi dire coacher sur comment travailler en groupe, qui est un des apprentissages qui vient avec les projets. Vous observerez des agacements entre élèves, d’autres qui sont exclus par leurs groupe, d’autres qui ne mettent pas la main à la pâte. C’est le moment pour vous de parler avec ces élèves individuellement pour leur apprendre des aptitudes de travail en groupe.

Si ce n’est pas encore clair, au moins une bonne partie de ce travail doit être fait en classe, sinon comment pourriez-vous faire tout ce travail de guide, et quand les élèves auront-ils le temps de se retrouver pour travailler autant de temps sur leur projet ?



4) Ajoutez des niveaux. Selon le projet que vous menez, c’est une bonne idée d’ajouter des niveaux (c’est-à-dire des attentes) au fur et à mesure du projet. Il faut le faire une fois que tout le monde a bien commencé et a bien les choses en main, afin qu’ils accueillent le nouveau niveau comme un défi à saisir et quelque-chose qui améliorera leur travail, pas comme un fardeau de plus. Un exemple de niveaux ajoutés : j’ai donné une fois le projet de créer le plan d’une ville optimale. Une fois que les groupes étaient bien lancés et après avoir eu une discussion de classe sur ce qu’optimal voulait dire, nous avons ajouté le niveau qu’il fallait que la ville ait un bon système de transport, puis nous avons ajouté la semaine suivante qu’il fallait qu’elle soit le moins destructrice possible de l’environnement, et enfin le niveau que la ville devait être inclusive de tous les membres de la société et promouvoir une mixité sociale.



5) Lorsque les projets arrivent à leur fin, il faut les partager, les exposer, les présenter – sinon, à quoi bon avoir fait tout ce travail ? Il faut au minimum qu’il y ai un partage de classe, par exemple avec des exposés. Encore mieux : quand le partage s’étend au delà de la classe. Exposer les projets dans le couloir est une option, mais pensez à les présenter à d’autres avant cela. Les projets peuvent être présentés par les élèves à d’autres classes, ou à leur parents ou des visiteurs extérieurs lors d’un évènement. Cela permet de vraiment mettre en valeur le travail des élèves (qui d’ailleurs travailleront plus dur s’ils savent qu’il y a cet enjeu) et de bien clôturer le projet.



6) Une alternative ou un ajout à cette cinquième étape, c’est de faire quelque-chose de plus grand avec les produits ou réflexions obtenus à la fin des projets. Par exemple, une fois, j’ai mené un projet dans une classe d’anglais qui a résulté plein de parapluies peints par les élèves, décorés de jolis mandalas sur le thème de la ville. Les élèves avaient mis tellement de temps et d’énergie dans ce projet que je me disais que se contenter de les exposer dans l’école n’était pas suffisant. Alors nous les avons exposé dans un centre commercial ! C’était un accomplissement très gratifiant pour les élèves. Ils ont participé à tout le procédé : téléphoner et rencontrer les directrices du centre commercial, faire une proposition pour demander d’exposer les parapluies, demander du financement (car on nous demandait de payer une assurance), créer des panneaux explicatifs, organiser une inauguration, demander à un service traiteur de venir pour l’inauguration, etc.


Inauguration de l'exposition des parapluies


Vos projets ne culmineront pas forcément en quelque-chose à exposer, mais on peut souvent en faire quelque-chose qui va au delà de la classe. Ainsi, les plans d’une ville optimale peuvent être présentés par les élèves au service d’urbanisme de la ville (même une rencontre telle, qui n’aboutira peut-être à rien, donne un sens au travail des élèves). Un guide touristique créé par les élèves peut être auto-édité, ou même présenté à un éditeur. Le prototype d’une nouvelle invention peut être présenté à un industriel.


Dit comme ça, tout cela peut paraître être une énorme charge de travail pour vous, mais si vous impliquez les élèves dans toutes les étapes de ce processus, non seulement vous allègerez grandement votre charge, vous leur enseignerez des aptitudes encore plus variées. Vous ne savez pas comment contacter un industriel ? Moi non plus ! C’est l’occasion d’apprendre en même temps que les élèves.



7) Une dernière remarque : selon moi, il est très important de laisser la propriété des créations des élèves aux élèves. Même si je suis leur professeur, je n’ai aucun droit de décider que la création est maintenant à moi, ou à moi jusqu’à la fin de l’année. C’est important de demander aux élèves ce qu’ils veulent en faire (même en faisant des suggestions) et de les laisser décider.


C’est ainsi qu’après avoir exposé nos jolis parapluies colorés dans un centre commercial, certains groupes ont décidé de garder leur parapluie, d’autres de le vendre à leur propre profit, et d’autres de le vendre pour faire un don à un association.




Quelques pistes pour évaluer les projets :

  • Vous pouvez bien entendu évaluer le produit fini, avec une grille de notation communiquée aux élèves qui leur montre les critères précis sur lesquels ils seront évalués et correspondant aux attentes du projet.

  • Vous pouvez aussi évaluer le partage du produit, surtout s’il s’agit d’un exposé. C’est l’occasion d’évaluer d’autres aptitudes (la prise de parole en public par exemple).

  • Enfin, vous pouvez évaluer le procédé : l’assiduité au travail, la qualité de la recherche, évaluer les tâches intermédiaires (brouillon, plans, etc.)



Ce que je retiens surtout de cette pédagogie, c’est qu’elle est possible dans toutes les matières, sur tous les sujets, et qu’à chaque fois, elle place vraiment l’élève au centre du cours et donne du sens à son apprentissage.



Baptiste Delvallé



Le contenu de cet article est aussi reflété dans la conférence de Baptiste Delvallé lors du colloque annuel, consultable sur notre chaîne YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=Jj4_IJ8StPI

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