Les cahiers de conversations : pour tisser des liens avec chaque élève
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Les cahiers de conversations : pour tisser des liens avec chaque élève

Updated: Oct 4, 2019




En anglais, le mot “rapport” a un sens bien particulier. En science de l’enseignement, il s’agit de la relation que le professeur construit avec chaque élève. On dit qu’il faut créer du “rapport” pour s’assurer d’être en bons termes avec chaque élève, pour ainsi mieux le comprendre, et obtenir de lui coopération et implication dans le cours. Ainsi, aux Etats-Unis, on apprend aux nouveaux professeurs et répète aux anciens que tout est plus facile dans sa gestion de classe et dans l’instruction aux élèves en créant du “rapport”.


C’est logique. Si un élève vous déteste, il n’est pas ouvert aux apprentissages que vous pouvez lui offrir, et il n’est pas non plus enclin à suivre le rythme de vos cours, à vous respecter, etc. En revanche, l’élève qui vous adore boira vos leçons comme paroles d’évangiles, fera tout pour que le cours se passe bien, et sera respectueux. La plupart des élèves sont bien sûr entre ces deux cas, mais nul doute que plus ils penchent vers le deuxième, plus la vie est facile pour vous et pour toute la classe.


Il existe de nombreuses façons de tisser et consolider ses relations que l’anglais nomme “rapport”, à commencer par le fait de s’intéresser aux élèves, à leur vie hors de nos cours, à leur passions… Aussi, je voudrais présenter une méthode qui a été d’une grande efficacité pour moi, et a toujours rendu mon travail d’autant plus passionnant : le cahier de conversation.


Il s’agit d’un cahier par élève, utilisé une fois par semaine. La première fois, le professeur pose une question à toute la classe. Par exemple : “Qu’aimez-vous faire dans votre temps libre ?” ou “Comment imaginez-vous que cette année va se passer pour vous ?”. C’est la seule fois que la question sera commune à toute la classe.


Sur leur cahier, les élèves répondent à la question par écrit. Une fois terminé, ils vous donnent leur cahier et font autre chose en attendant que les autres aient fini. Et quand tout le monde a fini, toute la classe passe à autre chose.


Seul, vous lisez les cahiers un à un, puis répondez à l’élève par écrit. La prochaine fois, vous rendez son cahier à chaque élève, il lit votre réponse en silence, puis y répond par écrit. Vous ramassez les cahiers, puis, seul, lisez les réponses et y répondez par écrit, et ainsi de suite toute l’année. Vous avez ainsi une correspondance écrite avec chaque élève de la classe.


Quel est l’intérêt ? Cela vous permet de construire une relation, de tisser des liens, avec chaque membre de la classe, et de mieux les connaître. Ça leur permet aussi de mieux vous connaître. Enfin, ça leur donne l’opportunité de vous révéler des choses qu’ils n’osent pas vous dire autrement, ou pour lesquels ils ne trouvent pas l’occasion de vous le dire. J’ai ainsi eu des élèves qui n’ont trouvé que le cahier de conversation pour me dire qu’il ne comprenaient pas du tout tel ou tel concept, alors que je ne m’en étais pas aperçu, ou, plus grave, qui m’ont révélé qu’ils se faisaient harceler. J’ai ainsi pu agir pour les aider, au sein même du cahier de conversation, et en dehors pour les sujets plus sérieux.


Il y a les révélations moins sérieuses, bien sûr, comme simplement qu’ils n’ont pas d’ami dans la classe, ou la mort d’un proche… Rien que de l’exprimer à quelqu’un à l’écrit est un exutoire pour beaucoup d’élèves. Et même lorsque je ne peux rien faire de plus qu’exprimer du réconfort dans le cahier de conversation, cela représente déjà beaucoup pour les élèves, me permet de mieux les comprendre, de savoir ce qui occupe leur vie en ce moment, et me rappelle sans cesse qu’il s’agit bien de personnes à part entière qui ont une vie en dehors de ma classe !


Pour que les cahiers de conversation fonctionnent, quelques règles essentielles :

  1. Le cahier doit rester entièrement confidentiel entre l’élève et vous. C’est ce qui permet à l’élève de se sentir à l’aise pour écrire ce qu’il veut vraiment écrire, et cela permet de tisser un lien de confiance. Il faut annoncer et insister sur cette règle et son importance.

  2. Pour renforcer la première règle et éviter les malencontreuses erreurs de distribution, il vaut mieux que vous et vous seul ramassiez et distribuiez les cahiers. Aussi, si les cahiers ont les noms des élèves dessus, vous êtes sûr de ne pas donner le cahier d’un élève à quelqu’un d’autre.

  3. Dans la même optique de confidentialité, gardez les cahiers en lieu sûr, de préférence un tiroir ou une armoire qui ferme à clé. Bien sûr, vous faites peut-être confiance à vos collègues et aux autres élèves, mais peut-être que vos élèves, non. Par ailleurs, tout ce travail de lien de confiance et de construction des relations serait détruit si quelqu’un trouvait les cahiers et les lisaient.

  4. Les élèves ne peuvent pas non plus lire les cahiers les uns des autres, même si ça ne semble pas les déranger. Dans la phase d’écriture par les élèves, certains ont souvent envie de voir ce que le prof a répondu à leur camarade. Pour se faire accepter, parce qu’il ne s’affirme pas assez, ou parce qu’il n’est pas assez rapide, l’élève peut laisser son camarade lire. C’est votre rôle d’empêcher cela et de renforcer la règle que seul le prof et le propriétaire du cahier peuvent le lire. Si ça ne dérange vraiment pas l’élève de partager le contenu, il pourra le faire à l’oral à la récrée (en ayant du coup la possibilité d’omettre ce qu’il veut omettre). Enfin, cette règle permet d’apprendre le respect de la vie personnelle, de l’espace intime, et des correspondances des autres.

  5. Ne révélez le contenu du cahier et ne montrez le cahier de conversation à d’autres que si l’élève vous y autorise explicitement pour un extrait en particulier. Si l’élève raconte un cas de harcèlement, par exemple, ou un problème personnel qui s’avère être un cas à rapporter à la hiérarchie, on peut être tenté de prendre le cahier aussitôt pour montrer le témoignage qui nous a été fait. Toutefois, vu que le cahier est censé être confidentiel, il va de soi de demander à l’élève la permission, en lui expliquant les raisons et les avantages. Toutefois, même si l’élève refuse, rien n’empêche d’agir quand même, sans utiliser le cahier et son contenu précis. J’ai eu par exemple une élève qui me disait qu’elle trouvait qu’un groupe de garçons se moquaient sans cesse d’elle et qu’elle aimerait que j’intervienne, mais sans qu’on sache qu’elle me l’avait dit. J’ai tout simplement eu des conversations (orales) avec le groupe en question, disant que j’avais remarqué qu’ils se moquaient d’elle. Les choses se sont améliorées sans qu’on ait eu à parler du cahier.

  6. Il n’y a pas de minimum à écrire. Il n’y a aucun problème si un élève ne veut écrire qu’une phrase alors qu’un autre écrit des paragraphes entiers. Chacun écrit ce qu’il a besoin d’écrire. Par ailleurs, il y aura certains élèves pour qui l’exercice n’a aucun intérêt. J’ai eu un élève qui n’écrivait qu’un seul mot à chaque fois. Le cahier de conversation n’était simplement pas la bonne méthode pour tisser des liens entre cet élève et moi, et nous avons trouvé d’autres moyens. Toutefois, je lui redonnais quand même chaque semaine son cahier pour lui donner l’opportunité, et chaque semaine je me creusais la tête pour lui adresser un nouveau message.

  7. Laissez les fautes d’orthographe (et grammaire, syntaxe, etc.) là où elles sont. Si vous rendez le cahier à l’élève en lui ayant corrigé ses fautes, il ne s’agit plus d’une conversation, mais d’un devoir. Cela détruit l’efficacité et rebutera l’élève qui, pour une fois, peut ne se concentrer que sur le contenu de manière informelle. À la place, si une faute vous dérange vraiment, vous pouvez réemployer le même mot et il remarquera la bonne orthographe. Vous pourrez aussi simplement prendre note qu’il faut réexpliquer telle ou telle règle d’orthographe à un autre moment (sans citer les cahiers).


Quelques conseils pour que ça fonctionne bien :

  1. Lisez les cahiers et répondez aux cahiers après les cours. Comme certains élèves auront fini plus tôt que les autres, vous serez tenté de vouloir commencer à les lire et à y répondre en classe. Le problème, c’est que l’élève a peut-être écrit quelque-chose pour lequel il se sentira jugé s’il voit votre réaction pendant que vous le lisez. De votre côté, vous auriez peut-être envie de répondre tout de suite à l’oral, au lieu de jouer le jeu.

  2. Expliquez aux élèves qu’ils peuvent vous poser des questions à l’écrit sur le cahier. Ce n’est pas qu’à propos d’eux, mais aussi à propos de vous.

  3. C’est à vous de dicter, au fur et à mesure, quelles sont vos limites vis-à-vis des questions qu’ils vous posent. S’ils vous demandent des choses sur votre famille, par exemple, c’est à vous d’y répondre librement, en répondant à leurs questions si ça ne vous dérange pas, ou alors en répondant que c’est une question que vous trouvez trop personnelle. Toutefois, il ne faut pas les réprimander pour ça, ni se vexer, car le cahier de conversation est souvent un outil qui donne du mal aux élèves pour juger à quel point vous êtes d’accord pour vous ouvrir vous aussi. Expliquez simplement vos limites quand le besoin surgit. Et de votre côté, il faut que vous acceptiez qu’ils en fassent autant, bien sûr.

  4. Adressez vous à l’élève par son nom (il est sur la couverture, si vous avez oublié !). Le but du cahier de conversation est aussi de faire en sorte que chaque élève se sente valorisé ou au moins considéré. Commencer par son nom à chaque réponse permet cela chaque semaine.

  5. Essayez d’écrire au moins autant que l’élève, en tout cas la plupart du temps. Ce n’est pas très valorisant pour un élève qui vous écrit tout un paragraphe de ne recevoir qu’une courte phrase en réponse. En revanche, pour les élèves qui n’ont quasiment rien écrit, vous pouvez écrire plus pour qu’eux même se disent qu’ils devraient écrire plus.

  6. Vous n’êtes pas obligé(e) de répondre à tout. Comme dans une conversation orale, rebondissez sur une ou deux choses qu’a écrit l’élève, c’est suffisant.

  7. De temps en temps, vous pouvez suggérer des sujets à toute la classe. Par exemple, juste après les vacances, je dis toujours à ma classe que si quelqu’un ne sait pas quoi écrire, je suis toujours heureux de lire ce qu’ils ont fait pendant les vacances.


Ça a l’air de prendre du temps, comment puis-je faire ?


Effectivement, ça prend beaucoup de temps, mais les résultats sont tellement intéressants, que ça le vaut bien. Avec le cahier de conversation, les interruptions en classes sont réduites (car les élèves vous respectent plus), vous savez comment mieux aider les élèves, ceux-ci sont ouverts aux apprentissages, et j’en passe.


Toutefois, pour réussir à gérer les cahier de conversation avec le temps qu’ils prennent, voici quelques suggestions :

  1. Trouvez le rythme adapté. Dans ma classe, c’est chaque semaine, mais le principe fonctionnerait aussi si c’était chaque mois.

  2. Si une semaine vous n’avez pas le temps de répondre, ou que vous n’allez écrire que des réponses courtes et banales, autant sauter la semaine et reprendre la suivante.

  3. À la place d’espacer les fois et d’avoir tous les cahiers d’un coup, vous pouvez aussi décider que seulement un tiers des élèves utilise les cahiers chaque semaine. Ainsi, chaque élève y participe toutes les trois semaines, et vous, vous avez moins de cahiers à chaque fois.

  4. Enfin, si vous êtes dans le secondaire ou universitaire, et que vous êtes une équipe d’enseignants qui collaborent bien, vous pouvez vous organiser pour que chaque classe ait seulement un enseignant avec qui il a un cahier de conversation. Dans ce cas, les cahiers demeurent confidentiels, mais chaque élève a au moins une personne avec qui il peut converser, et vous, vous n’avez les cahiers que d’une classe.


Et vous, que faites-vous pour tisser des liens avec chaque élève ?

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